Tunisie : comment passer de la révolution à la démocratie
La Tunisie a le privilège d’avoir une élite, une classe intellectuelle, une population alphabétisée et des assises « civilisationnelles » favorisant le dialogue. Souhaitons que le pays profite de cette conjoncture pour se forger une nouvelle société avec des institutions tournées vers l’avenir.
P. Luc Dupont et Jean-Louis Renaud - Le renversement du régime Ben Ali est moins symptomatique de la crise économique que de l’effritement de l’état de droit en Tunisie, accentué par les dérives « kleptocratiques » du clan présidentiel Ben Ali-Trabelsi. Après l’euphorie du départ du président, à quoi peut s’attendre la Tunisie ?
L’exemple de pays ayant connu des révolutions pacifiques au cours de la dernière décennie offre une réponse mitigée. L’on peut citer la révolution dite du bulldozer (chute de Milosevic en ex-Yougoslavie), celle des roses (Géorgie), celle des tulipes (Kyrgyzstan) ou et des cèdres (Liban), sans oublier la révolution orange (Ukraine). Dans tous ces cas, la société civile avait joué un rôle clé, souvent augmenté d’un support d’ONG. Mais souvent, les vents de réformes associés à ces passions révolutionnaires aux noms poétiques se sont dissipés.
Il est paradoxal pour les autorités déchues que l’une des conséquences des formidables programmes d’alphabétisation et d’éducation supérieure entrepris depuis l’indépendance se soit avérée à double tranchant. En effet, en contribuant à épanouir et à enrichir la société tunisienne, ils ont aussi jeté les bases de la société civile et des réseaux sociaux permettant la chute du régime Ben Ali. Le défi qui se pose maintenant est de définir un projet de société d’avenir.
La Tunisie est à une croisée des chemins dans son histoire qui définira son avenir, voire sa destinée. Différents éléments de cette nouvelle orientation doivent être soupesés tandis que se redessinent le pays et ses institutions et se canalisent les aspirations de la population dans différents courants politiques.
En tant qu’amis de la Tunisie, nous souhaitons partager quelques pistes de réflexion pour aider le pays à se donner les moyens de réussir et de réaliser ses aspirations, une fois la ferveur révolutionnaire apaisée.
Différentes approches pourraient être requises pour récupérer ces biens. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit là de vraies entreprises embauchant du vrai monde. Dans cette perspective, démêler des structures corporatives opaques conçues pour spolier le pays devrait comporter une feuille de route et un processus transparent.
La Tunisie a le privilège d’avoir une élite, une classe intellectuelle, une population alphabétisée et des assises « civilisationnelles » favorisant le dialogue. Nous souhaitons que le pays profite de cette conjoncture pour se forger une nouvelle société avec des institutions tournées vers l’avenir qui sauront permettre à la jeunesse tunisienne de trouver sa place en ouvrant des perspectives d’avenir fondées sur la justice, le mérite, l’effort, l’excellence et la prospérité.
Des pays comme le Canada ont le devoir d’apporter un soutien à la Tunisie alors qu’elle s’engage dans un processus démocratique afin que ce virage soit réussi et conforme aux aspirations de bien-être du peuple tunisien. C’est l’avenir du Maghreb qui est en jeu.

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